Romain David

Web, entrepreneuriat...Blog perso de l'un des fondateurs de Balloon


Le chanceux, le génie et le hacker…

La bulle internet des années 2000 a lancé une vraie mythologie sur le monde des startups. Dès qu’un mythe se termine, j’ai l’impression qu’un autre prend le relais.

Le premier mythe né pendant la bulle est celui du chanceux: un beau matin, un homme jette quelques mots sur un Powerpoint dont « www », « startup » et « millions » et va voir des investisseurs. Il revient dans l’heure avec une startup valorisée à plusieurs millions de dollars qu’il pourra revendre le triple dans la soirée. Même pas besoin de développeurs! Evidemment ça peut paraître absurde mais à l’époque ça l’était moins. Certains ont même réussi à lever des fonds avant même d’avoir réservé le nom de domaine du site.

Le second mythe est celui du génie: le jeune qui a une bonne idée un soir avant de se coucher et qui est persuadé qu’il va gagner des millions grâce à internet. Parce que sur le web, il suffit d’avoir LA bonne idée pour devenir riche. Ya plus qu’à déposer les statuts de la startup et à coder le site: c’est finalement le plus facile, il suffit d’aller voir un gros geek habillé en noir scotché devant un ordinateur couvert de pizza et de bière, l’exploiter un moment et voila! Cette idée a la vie dure et ce n’est pas rare de rencontrer des gens qui pensent détenir le saint graal, c’est à dire une idée qui les rendra riche. Ca serait trop facile…

Et pour finir, le dernier en date (le plus intéressant à mes yeux puisqu’il se répand de plus en plus), le mythe du hacker: un geek (oui toujours mais plus branché qu’avant ;) ) plutôt en mode MacBook-Smoothies que HP-Pizza code (en Ruby) pendant un weekend un truc marrant et surtout présentable avec des mots comme: « viral », « social » ou « plateforme ». Dès que la bêta sort, ya plus qu’à regarder, les utilisateurs arrivent, partagent sur Facebook et sur Twitter, ça buzz et rapidement on se retrouve avec la startup de l’année sur Techcrunch. Je suis désolé mais ce mythe est tout aussi absurde que les autres, il faut bien plus de temps, de travail pour créer une entreprise et en plus je ne pense pas qu’un seul développeur suffise aussi talentueux soit il.

Le chanceux est une espèce disparue, le génie se fait de plus en plus rare mais le mythe du hacker se développe encore. Vous remarquerez que la place du développeur prend une place de plus en plus importante dans cette mythologie. C’est une ressource de plus en plus rare donc chère. Certains investisseurs assurent même que chaque développeur augmente la valorisation d’une startup de 500K€ alors qu’un commercial la fait baisser de 500K€. Ce raisonnement est stupide mais permet peut être d’anticiper la nature de la prochaine crise spéculative dans le monde des startups: la « geekomanie » ou l’augmentation démesurée du cours des profils techniques dans une startup.

Published by Romain David, on mai 3rd, 2011 at 12:15 . Filled under: Conseil startup Tags: , 9 Comments

« Be a Pirate and Fake it till you make it »

Sur les bons conseils de Jonathan de Submate, j’ai regardé ce week end « Pirates of the Silicon Valley ». Un film passionnant sur l’histoire d’Apple et de Microsoft du début des années 70 à la fin des années 80.

Le film illustre bien la vision révolutionnaire de Bill Gates ainsi que celle de Steve Jobs à l’époque:

  • Steve Jobs était convaincu depuis le départ que l’ordinateur allait devenir un produit grand public, chose inconcevable à l’époque. Dans le film, un haut responsable de Hewlett Packard complètement effaré demande à Steve Wozniak : « mais que va faire le grand public d’un ordinateur? »
  • Bill Gates avait compris dès cette époque que ce qui allait avoir de la valeur, ce ne serait pas le hardware mais bien les softwares. Là encore une scène du film est assez intéressante: lorsque Bill Gates, Paul Allen et Steve Ballmer vont rendre visite à IBM pour leur proposer un système d’exploitation destiné au futur IBM PC en échange d’une license d’exploitation, les dirigeants d’IBM acceptent mais leur rient au nez en leur expliquant que toute la valeur réside dans leur magnifique machine et non dans les logiciels qu’elle contient…

« Why join the navy if you can be a pirate »

C’est une citation de Steve Jobs et le film insiste beaucoup sur ce point autant du côté d’Apple que de Microsoft. Les deux citent d’ailleurs Picasso dans le film: « les bons artistes copient, les grands artistes pillent ». En effet, Steve Jobs et Bill Gates ont récupéré pas mal d’invention de chez Xerox qui n’en voyait aucune utilité (la souris et l’interface graphique notamment).

Mais être un pirate c’est aussi bouleverser le status quo, imposer une vision, être persuadé que les gros vont perdre parce qu’ils n’ont pas compris, parce qu’ils sont lents et souvent trop sûr d’eux. Jobs considère même sa mission comme une sorte de combat clandestin (contre IBM notamment), une vraie cause que tous les employés d’Apple doivent adopter. Il dit à un moment à propos de ses employés: « Il leur faut une cause, on a loupé le Vietnam mais le nouveau Macintosh sera leur cause! ».

« Fake it till you make it »

C’est l’une des leçons du film à mon avis, je sais pas ce qui est vrai ou de l’ordre de la fiction dans le film, mais deux scènes résument bien cet esprit:

  • Lors de la présentation de l’Apple II à la West Coast Computer Faire en 1977 à San Francisco, Steve Jobs et Steve Wozniak tentent de se faire plus gros qu’ils ne le sont (Apple I s’est vendu à moins de 200 exemplaires). Wozniak fait remarquer à Jobs: « Qu’est ce qui se passerait si ils découvrent qu’on en a fabriqué que trois de ces machines alors qu’on se comporte comme si on avait une usine qui les fabriquait à la chaîne? ».
  • Même raisonnement du côté de Bill Gates qui cherchait à convaincre le fondateur de MITS d’utiliser leur langage de programmation BASIC pour leur nouveau micro-ordinateur. « Tu as raconté à Ed qu’on louait tout un immeuble de bureau! Qu’est ce qui se passera si il découvre que notre siège se trouve dans un motel miteux et qu’on a pas de vrais employés? »

Dans les deux cas leur associé leur pose la même question: « qu’est ce qu’il se passera si… », mais ni Bill Gates, ni Steve Jobs ne répondent à cette question…C’est peut être ici qu’une part de chance entre en jeu, ne pas se faire prendre en flagrant délit de « fake it »!

En bref, un film passionnant, plutôt fidèle selon les propos de Wozniak, et dont on peut tirer beaucoup de leçons.

Published by Romain David, on octobre 11th, 2010 at 10:23 . Filled under: Conseil startup Tags: , , , 12 Comments

Des détails qui tuent…

Suite au tweet de @CravingStef: ce que votre adresse e-mail dit sur vos compétences informatiques, je me suis amusé a recenser tous les petits détails qui peuvent vous trahir auprès de recruteurs, de clients ou de vos tweetos (si vous travaillez sur le web, autrement tout cela n’a aucun sens).

L’ordinateur: Quelques entrepreneurs que j’ai rencontré m’ont avoué ne pas vouloir embaucher quelqu’un qui travaille sur PC. Pour eux, avoir un Mac signifie aimer les choses bien faites, intuitives et si on est « PC » ca se ressentira forcément sur le travail. Je sais pas si ce critère est réellement pertinent mais je reconnais que j’aurai un meilleur a priori devant un joli mac que devant une usine à gaz Compaq qui tente de s’allumer pendant qu’on discute.

L’adresse e-mail: L’infographie dont j’ai parlé au dessus est à mon avis très vraie mais pas seulement à propos des noms de domaines, il faudrait également ajouter l’intitulé de l’adresse. Un mec qui se pointe avec un snoopy75013 ou un Cobalt2760 (mes potes se reconnaîtront :) ) ne peut que se couvrir de ridicule devant quelqu’un d’un peu sérieux. C’est comme si un patron du CAC 40 sortait de sa mallette un agenda Gibert Joseph couvert de stickers: « Korn » ou « Peace and Love ». Si en plus c’est sur aol ou caramail, vous ne serez même pas reçu…

Membre de copains d’avant sur Google: On google souvent les gens et c’est vrai que c’est rassurant lorsqu’ils sont réellement visibles. Que cela soit un profil Linkedin, un Twitter ou encore mieux un blog, si quelqu’un est bien référencé c’est qu’il est actif sur le web et qu’il crée du contenu. En cas d’echec, lorsque Google affiche un Facebook uniquement ou pire un lien vers Copain d’avant, on se doute que cet « expert du web » est en carton.

La timeline Twitter: Enfin, l’un des derniers détails qui peut nous renseigner rapidement sur quelqu’un, c’est le contenu qu’il poste sur Twitter. Et là plusieurs cas de figure:
- « hello world », « comment ça marche ce truc? » datant d’il y a six mois: n’a pas encore compris l’intérêt de Twitter. Ca va peut être venir, stay tuned!
- « je mange une glace à la framboise », « C’est génial TF1 ce soir »…: n’a pas compris l’intérêt de Twitter. Ca ne viendra pas, passez votre chemin.
- RT @…, RT@…., RT@…: n’a pas grand chose à dire mais s’intéresse à l’actualité.
- @…, @…, @…: soit il prend Twitter pour msn soit c’est un mec ouvert qui répondra à vos questions sur Twitter.

Je suis sûr qu’il y a plein d’autres détails qui vous choquent ou vous interpellent…

Published by Romain David, on septembre 17th, 2010 at 9:33 . Filled under: Conseil startup Tags: , , , 10 Comments

Ce qu’il manque à l’écosystème…

Comme l’explique @Gbertholet dans son article: 7 étapes pour dominer son écosystème, il est super important de définir, de suivre et d’intégrer l’écosystème dans lequel évolue sa boîte.
Bien qu’assez nouveau dans le milieu et après discussion avec plusieurs acteurs du web, j’ai l’impression qu’une vraie dynamique est en train de naître autour du web à Paris. Je n’ai pas l’impression que c’était le cas il y a ne serait-ce qu’un an.



A mon sens un écosystème, c’est la rencontre entre des acteurs d’un même secteur autour d’un lieu relativement restreint et de valeurs identiques ou d’une histoire commune. En gros pour faire clair, pour faire un vrai écosystème, il faut :
- Des acteurs d’un même secteur rassemblés au même endroit
- Des événements qui rassemblent cette communauté
- De l’argent à investir
- Un média
- Des modèles communs (success story, géants de l’industrie…)

A partir de là, essayons de voir ce qu’il se passe à Paris par exemple dans le petit monde du web et des startups depuis quelques mois.

Plus de startups
L’entrepreneuriat n’a jamais été autant à la mode (dans le bon sens du terme), toutes les écoles lancent ou développent leur majeure entrepreneuriat et leur incubateur. L’arrivé sur le marché de jeunes qui n’ont pas vécu la bulle internet, la rareté des CDI à la sortie des écoles, les opportunités créées par l’explosion d’internet et du mobile…plein de raisons sont à développer mais le résultat me paraît évident : il y a de plus en plus de projets web/mobile à Paris !

Plus d’événements
Même constat pour ce qui concerne les événements autour du web à Paris. Les six deniers mois ont vu la naissance des deux premières éditions du « startup weekend » en France, les deux premières éditions de « Start in Paris » organisé par @laurentk et @bjonathan de submate ainsi que la création de nombreuses rencontres régulières type apéro entrepreneurs et Cie…Il suffit donc que vous vous abonniez au Startup Digest rédigé par @Pegobry (pour la version parisienne) et chaque semaine vous pouvez ajouter pas mal d’événements « Web » dans votre google calendar.

Plus d’argent
Là encore, je crois qu’on ne peut qu’être d’accord pour dire qu’il y a de plus en plus de Business Angels ou de fonds « early stage » prêts à investir dans des startups. La création en 2010 de Kima Ventures par Xaviel Niel et Jérémie Berrebi et de Jaina Capital par Marc Simoncini (prêt à investir 100 millions d’euros dans les deux prochaines années, ce qui équivaut à un projet financé par semaine pendant un an) est la preuve de la bonne santé financière du secteur..

Ce qu’il manque…

A mon avis il manque encore deux composantes essentielles au bon développement de l’écosystème :

Un média reconnu et spécialisé dans le web. Bien que Techcrunch France ai repris une activité depuis quelques mois et que de nombreux blogs existent, il n’y a pas en France de sites références sur le sujet comme Techcrunch, Mashable ou RWW aux US. Vivement un site français sur lequel on aurait accès à toute l’actualité des startups françaises de manière sélective et intéressante.
Cela me semble important qu’une communauté de journalistes assurent une couverture de l’actualité du secteur au jour le jour afin de favoriser le développement de l’écosystème.

« Une Success Story! » me faisait remarquer, il y a quelques jours @Pedaviet. En effet depuis les grandes réussites du secteur (la plupart en e-commerce) qui commencent à dater (Meetic, Priceminister, eBay, Pixmania…) peu de startups françaises ont connu un succès comparable.
C’est à mon avis un point essentiel pour deux raisons :
- Alimenter le rêve de tous les entrepreneurs, leur fierté de faire partie de l’écosystème et leur donner un modèle à suivre avec ce que cela implique en terme de méthodologie ou de philosophie.
- Donner une dimension internationale à l’écosystème : de la même manière que Foursquare a été l’ambassadeur de l’écosystème du web New-yorkais, une grande réussite donne un poids nouveau et une portée beaucoup plus vaste à la communauté.

A quand le prochain média et la prochaine « Success Story », cette année ou plus tard ?

Published by Romain David, on juillet 19th, 2010 at 11:19 . Filled under: Conseil startup Tags: , 22 Comments

Quel avenir pour le livre?

L’article de Slate a récemment relancé les débats sur le futur du livre. L’article en question reprends des arguments assez intéressants développés par David Brooks, éditorialiste au New-York Times. Je ne vais pas faire un long article, on en a déjà beaucoup parlé mais cette fois je ne sais absolument pas quoi penser.


Les livres rendent intelligents
De nombreuses études, reprises dans l’article de Slate, démontrent que le format «livre» développe des qualités essentielles au développement culturel d’un enfant, et d’un adulte aussi, entre nous, il n’est jamais trop tard…
En effet, lire un livre implique souvent une certaine déférence voire sacralisation qui développe l’attention vis à vis du texte et le respect vis à vis de l’auteur, surtout quand il s’agit de classiques. Faire l’effort de se poser confortablement et d’ouvrir un livre qui sent bon la colle et la reliure pour s’y plonger place forcément l’esprit dans une attitude propice à l’ouverture et à l’attention.

«Pour réinventer le livre, il va falloir brûler notre idole»
Cette citation de Jeff Jarvis montre malgré tout la nécessité de réformer ce média afin d’assurer son attractivité et son avenir. Si le format n’évolue pas, il sera utilisé par de moins en moins de personnes puis disparaîtra. A l’heure d’internet, le livre montre clairement ses limites:
On ne peut pas le mettre à jour, on est obligé de faire des rééditions. C’est un problème évident qui ne s’applique pas forcément à la littérature mais d’avantage à des essais ou à des livres éducatifs.
Il n’ont pas de moteur de recherche: c’est pourtant bien pratique de rechercher un passage ou une citation
Ils sont à sens unique: une fois que l’auteur a fini son boulot, il ne se préoccupe plus des lecteurs et ne peut pas apprendre à leur contact. Ca manque d’intéractivité.

Alors voilà, je suis un grand amateur de livre et de littérature mais je suis également persuadé que toute chose se doit d’évoluer et de s’adapter à son environnement pour survivre…
Faut il garder le format «livre» uniquement pour la littérature au sens stricte du terme, faut il inventer de nouveaux business models pour faire perdurer le livre papier (comme la publicité dans les livres par exemple)?…Je ne sais pas…

Published by Romain David, on juillet 15th, 2010 at 11:20 . Filled under: Conseil startup Tags: , 1 Comment