Romain David

Web, entrepreneuriat...Blog perso de l'un des fondateurs de Balloon


Pourquoi Color n’aurait pas dû lever 41 millions

Peut être avez vous entendu parler de Color, la toute dernière application iPhone de partage de photos. Le concept est très intéressant, en quelques mots: partager des photos avec des personnes qui se trouvent dans les alentours sans histoire de profil ou de création de compte (l’appli est même capable de créer des groupes automatiques en fonction des personnes qui sont au même endroit).

Vous allez me dire que des startups qui lancent des applis iPhone, il y en a des tiroirs chaque semaine…ok mais Color a levé 41 millions de dollars auprès de plusieurs VCs de la Silicon Valley avant même d’avoir lancé quoi que ce soit!

41 millions de dollars…Souvenez vous que Flickr a été racheté 35 millions de dollars par Yahoo en 2005 et Delicious 30 millions de dollars! 41 millions de dollars!

Est-ce justifié?

A ce stade les investisseurs misent tout sur l’équipe: le président et le CEO de Color ont tous les deux créé et revendu (respectivement 250 millions de dollars et 850 millions de dollars) plusieurs boîtes auparavant. Ils sont 27 chez Color maintenant, tous des anciens de Google, LinkedIn etc. bref une équipe de gens talentueux avec un track record incroyable. Est ce que cette équipe à elle seule vaut 41 millions de dollars? Honnêtement je ne pense pas…

Je n’essaye même pas de démontrer que seule l’idée vaudrait 41 millions de dollars, ç’est totalement absurde.

Sont-ils si bon que ça?

Une équipe à 41 millions de dollars, ça doit envoyer! C’est là que ça se corse à mon avis…pour deux raisons:

  • une stratégie de lancement bancale: l’application Color n’a aucun intérêt si vous êtes le seul à l’utiliser. Or ils ont lancé leur appli dans le monde entier du jour au lendemain en jouant sur le buzz des 41 millions de dollars. Résultats: de nombreux téléchargements, sûrement, mais beaucoup de gens isolés et donc déçus. Pouruquoi n’ont ils pas lancé l’application uniquement à San-Francisco par exemple en ouvrant de nouvelles villes au fur et à mesure?
  • un design peu clair: le premier contact avec l’appli est assez déceptif et confus. On a du mal à comprendre comment ça marche et à quoi ça sert. C’est dommage…

Ces erreurs ne sont pas rassurantes pour la suite à mon avis…

Est-ce sain pour Color?

Pour être honnête, je ne pense pas que ça soit une bonne chose pour une startup de démarrer avec tant de ressources. Rien de pire pour tuer la créativité et le talent de l’équipe dans l’oeuf. Quand on a 41 millions de dollars sur son compte en banque, on ne se pose plus de questions, tout devient faisable facilement en payant. L’équipe a par exemple dépensé près de 500 000 dollars rien que pour les noms de domaine  (color.com et colour.com). Est-ce vraiment utile? Est-ce que ca augmente significativement le nombre de téléchargements? Pas sûr…

Peut être que si color n’avait levé que quelques centaines de milliers de dollars, ils auraient lancé leur appli iPhone uniquement dans leur ville, en faisant monter la mayonnaise petit à petit. Le lancement aurait sans doute été plus réussi. Le buzz généré par l’annonce de cette levée de fonds astronomique a certainement été moins efficace que l’aurait été une stratégie de lancement réussie avec moins de moyens!

Peut être que ces 41 millions de dollars vont faire couler Color et s’envoler la bulle

Published by Romain David, on mars 29th, 2011 at 9:56 . Filled under: Conseil startup2 Comments

Vers une nouvelle bulle internet?

Récemment, un article dans le magazine Fortune expliquait la chose suivante:

Supposons que vous achetiez une entreprise qui réalise 100 euros de chiffre d’affaires et 50% de marge. Vous la payez deux fois le chiffre d’affaires soit 200 euros. Il vous faudra tout de même quatre ans pour rentrer dans vos frais si les revenus restent stables.

Imaginez maintenant que vous achetiez cette même entreprise pour 25 fois son CA, il vous faudra donc 50 ans pour rentrer dans vos frais si les revenus restent stables. Bien sûr, vous allez me dire que si cette entreprise est une « startup », les revenus ne resteront pas stables. Ok, alors prenons 50% de croissance par an, c’est bien pour une startup non? Pas assez? Prenons 100% de croissance et toujours 50% de marge par an alors et il vous faudra quand même 6 ans pour rentrer dans vos frais!

Qu’est ce qui vous pousserait à investir dans cette entreprise à ce prix là ? L’hypothèse la plus plausible est que vous comptiez revendre cette entreprise encore plus chère à un autre investisseur fou persuadé que la valorisation ne cessera pas d’augmenter… Si vous êtes le dernier « fou » de la chaîne, c’est la faillite assurée.

Ce cas de figure n’est pas inventé de toute pièce, c’est l’exemple de Facebook qui vaut aujourd’hui 25 fois son chiffre d’affaires. Et ce n’est pas un cas isolé: Linkedin réalise 240 millions de dollars de chiffre d’affaires pour une valorisation de 3 milliards (x12,5) , Twitter  devrait réaliser 100 millions de dollars en 2011 pour une valorisation à 8 milliards (x80). Vous voyez la bulle arriver? Les entrées en bourse des principaux acteurs du web aujourd’hui (Facebook, Twitter, Zynga, Groupon) ne devraient pas tarder, ce qui implique une liquidité importante et peut être l’étincelle qui manque aujourd’hui pour amorcer la bombe. Quand on connaît l’histoire d’internet, il apparaît évident que tout peut bouger très vite… Un jour même Facebook, Twitter et Groupon seront remplacés.

D’autres facteurs sont inquiétants:

  • les valorisations incroyables de certaines jeunes startups américaines laissent rêveur (Hotpotato et Beluga racheté environ 10 millions de dollars par Facebook sans réelle base utilisateur, valorisation de Quora à un milliards de dollars…).
  • la rareté des talents: les startups se battent pour recruter les meilleurs développeurs, designers, product managers à prix d’or. Facebook et Google s’affrontent chaque jour sur ce terrain!

Il ne faut pas non plus s’emballer trop vite, la situation est tout de même moins catastrophique qu’au début des années 2000. Des boîtes comme Groupon ou Zynga réalisent tout de même plusieurs centaines de millions de dollars de chiffre d’affaires et sont leaders dans leur secteur. Ces valorisations de « startups » de la Silicon Valley, bien qu’incroyablement élevées,  ne reposent pas que sur du vent.

Mais si la traction à elle seule suffit à faire grimper les valorisations et que le seul but des investisseurs est de revendre plus cher au suivant, ca peut ne faire que monter le soufflé…

Published by Romain David, on mars 22nd, 2011 at 10:50 . Filled under: Conseil startup5 Comments

Non ce n’est pas une startup!

Depuis les succès de Twitter et Foursquare à SXSW, la semaine du festival voit fleurir des champs entiers de nouvelles applications. Des sites ou des applications iPhone qui deviennent en quelques jours des startups avec des « founders », des « cofounders », des CEOs, des CTOs etc. La semaine dernière dans Gigaom@gigastacey faisait remarquer qu’on employait le mot « startup » à mauvais escient. En gros dès qu’un jeune armé d’un Macbook écrit une ligne de code, on parle de startup.

Pourquoi parle-t-on de « startup » à tout bout de champ? Startup Weekend, Startup Bus, Startup Bootcamp…Dans la plupart des cas, il s’agit de projets encore au stade de l’idée et du proto de base (à peu près ce que l’on a le temps de faire en 48h). @gigastacey montre que la plupart de ces « projets » ne deviennent quasiment jamais des entreprises: la plupart du temps quelques mois après, il ne reste plus rien qu’un nom de domaine en friche.

Alors non ce ne sont pas des startups, ce sont des idées un peu travaillées: les équipes sont constituées en quelques minutes, pas d’orientation business en général et 48h d’exécution, ça pèse pas lourd pour juger de la qualité d’une équipe. Appelons ça, un « startup idea weekend » par exemple…C’est pas parce qu’on code quelques heures qu’on devient un entrepreneur et qu’on a une startup. Je ne remets pas du tout en cause l’intérêt de ce genre d’exercice (c’est vrai, c’est passionnant! :) ), mais la « chose » qui sort de tout ça ne peut pas être une startup.

La confrontation avec les premiers utilisateurs, le premier euro de chiffre d’affaires, les discussions sur la vision du projet, les clients pas contents, les investisseurs, les impôts, le recrutement…tenir le coup avec tout ça, arriver à rester disruptif et innovant, c’est ça être un entrepreneur ou monter une startup!

Published by Romain David, on mars 15th, 2011 at 12:28 . Filled under: Conseil startup3 Comments

Chers entrepreneurs : essayez de fournir un service dont VOUS avez besoin!

Nous avons appris la semaine dernière que Techcrunch ne croyait qu’aux services dont ils avaient besoin, comme « la mise en oeuvre collaborative du contenu d’un magazine » par exemple. Les autres trucs qui sont inutilisables pour les rédacteurs de TC n’ont aucun avenir, croyez le bien: la preuve Twitter (c’est utile pour diffuser les articles), Facebook (pour récupérer des fans), Apple (pour taper les articles ) et le web (euh :) ), ça a marché, alors que Enron ça a fait faillite (forcément, on ne consomme pas de gaz chez Techcrunch).

Ce coup de gueule de Roxanne Varza, la rédactrice en chef du fameux blog tech, a fait suite à une longue série de sites de dating apparus sur le marché ces derniers mois, ce qui a énervé par mal de monde apparemment. Plus sérieusement, je comprends tout à fait que les contributeurs de Techcrunch en ont par dessus la tête des sites de dating: recevoir à longueur de journées des pitchs qui sentent bons l’eau de rose, la déconne ou le grand amour ça doit pas être facile, surtout quand on est bénévole ;) . Mais ce n’est peut être pas une raison pour craquer…

Je suis personnellement convaincu qu’il ne FAUT PAS créer un service en pensant qu’il sera utile pour les autres, surtout quand on est jeune et inexpérimenté. On ne sait rien du business, on ne connait pas les besoins des gens alors le seul moyen de créer quelque chose d’utile est de créer quelque chose pour soi! Eat your own dogfood comme disent les autres. Prenez Facebook, Twitter, Google, Dropbox, Foursquare, Hotmail, Delicious et j’en oublie des centaines. Leur point commun? Une épine dans le pied d’un entrepreneur, petite colère du quotidien qui le pousse à agir, à créer une solution. Sabeer Bhatia et Jack Smith ont créé Hotmail parce qu’ils ne pouvaient pas accéder à la boîte mails de leur universités depuis leur domicile. Est-ce que tout le monde avait ce problème en 1996? Certainement pas…

Donc non, je ne pense pas qu’il faille « fournir un service dont les autres ont besoin » mais commencer par résoudre ses propres problèmes…à coup sûr, d’autres auront les mêmes!

Published by Romain David, on mars 8th, 2011 at 11:45 . Filled under: Conseil startup Tags: , 1 Comment

Yahoooo, On va fermer votre boîte!

Photo prise par un ex-employé du groupe en 2010

Il y a quelques jours Yahoo a annoncé la fermeture de MyBloLog, le réseau social des blogueurs…MyBlogLog a été fondé en 2005 par une startup américaine pour être finalement racheté par Yahoo en 2007 pour un peu plus de 10 millions de dollars. RIP et bienvenue à eux dans le grand cimetière Yahoo (où reposent tranquillement Yahoo Bookmarks, Yahoo Buzz, Altavista, MyWeb, Geocities, Broadcast.com, Maven…). Souvenez vous aussi des discussions à propos de la fermeture possible de Delicious il y a quelques mois.

Comment Yahoo a pu se construire un track record aussi mauvais?

Une bureaucratie envahissante

Des anciens employés de Flickr racontaient que chaque grand projet à entreprendre nécessitait des discussions interminables avec Yahoo. Cela pouvait prendre jusqu’à 85% de leur temps de travail.

Un management imposé

Yahoo ne laisse que très rarement la main aux fondateurs historiques. Ils sont sous les ordres de managers en interne qui décident de ce qui doit se faire ou non. Joshua Schachter, le fondateur de Delicious, s’est beaucoup plaint de ce manque de responsabilité et s’est dit extrêmement frustré par cette expérience chez Yahoo.

Une organisation désastreuse

Encore une fois l’exemple de Delicious est plus que parlant. En parallèle de son développement, un département différent lançait Yahoo Bookmarks, un autre site de bookmarking faisant clairement concurrence au premier. Aucun leader pour remettre de l’ordre et fixer des priorités!

Manque de vision

Yahoo possède un nombre de sites incroyables qu’il considère comme des médias et dont le succès se mesure en terme d’audience: aller dealer des bannières à l’impression avec de grands groupes! Comme l’explique Paul Graham, les grands groupes « à l’ancienne » ont payé pendant longtemps beaucoup d’argent pour que Yahoo continue à leur vendre des bannières et des espaces, ce qui a détourné Yahoo du droit chemin de la search et de Google. Du coup Yahoo n’est pas parvenu à devenir une entreprise de nouvelles technologies, attirant de bons développeurs et réussissant à innover en permanence.

Yahoo n’arrive donc pas à positionner ses produits au centre d’un écosystème, ce qui explique à mon avis tous les problèmes ci-dessus.

Bref tout ça pour dire qu’il ne faut pas faire confiance à Yahoo: mais la leçon semble bien assimilée depuis pas mal de temps puisque la liste des deals que Yahoo a ratés est plutôt sympa: eBay, Google, Foursquare, Instagram… C’est dans celle ci qu’il faut être!

Published by Romain David, on mars 2nd, 2011 at 11:44 . Filled under: Conseil startup3 Comments